Portrait de Camille Saint-Saëns

 

Daté en bas à gauche du 15 mai 1846, ce dessin anonyme réalisé au crayon sur une feuille de papier de 19,8 cm sur 12,1 cm, est l’un des rares portraits connus du compositeur Camille Saint-Saëns, enfant. Alors âgé de dix ans, le jeune Camille est représenté à mi-corps, assis devant un piano. Les mains placées au-dessus des touches noires et blanches de l’instrument, il nous regarde. Reproduit quelques jours plus tard dans les colonnes du journal parisien L’Illustration, fondé en 1843 par Edouard Charton, ce portrait marque en réalité les débuts très prometteurs – Camille Saint-Saëns est comparé à Mozart lui-même, par le journal ! – du futur musicien mondialement connu. En effet, le journal insiste sur le talent de cet enfant issu d’une famille de cultivateurs normands, qui vient d’être repéré par le professeur de musique, M. Stamaty. En ce mois de mai 1846, Camille Saint-Saëns est venu donner un concert chez M. Pleyel, où il aura ébloui un public amateur venu presque par hasard. Aujourd’hui conservé au Musée de Dieppe, ce dessin ne donne cependant pas à voir le simple portrait d’un enfant prodige. Il s’inscrit plutôt dans une longue lignée de portraits tantôt dessinés, photographiés, gravés, sculptés ou moulés, qui offrent désormais un regard sous toutes les coutures de l’auteur de la Danse Macabre (1874) ou du Carnaval des Animaux (1886). 

 

Portrait de Camille Saint-Saens à 11 ans assis au piano. Anonyme, dessin au crayon, 15 mai 1846. Don Camille Saint-Saens, inv. 921.CSS.D.3


Le Piano de Camille Saint-Saëns

 

Fabriqué en 1845 par la maison Pleyel, ce piano à queue en bois d’acajou, à trois cordes et 6 octaves 3/4, fut le support privilégié du compositeur Camille Saint-Saëns, de son enfance jusqu’à sa mort. Acheté par son père Jacques Joseph Victor Saint-Saëns pour la somme de 1 500 francs, cet instrument est l’archétype du piano de salon du milieu du XIXe siècle. Il est doté d’une mécanique à échappement simple, ce qui ne permettait pas au musicien de répéter rapidement une même note, le marteau devant retrouver sa position initiale avant que le compositeur ne rejoue sa note. Contrairement à un piano presque identique possédé par Frédéric Chopin et conservé à la Cité de la Musique à Paris, le piano de Camille Saint-Saëns a subi quelques transformations, sans doute à la demande de l’artiste. Des rainures révèlent en effet l’ajout d’un pédalier en tirasse, aujourd’hui disparu. Sur ce piano, Camille Saint-Saëns, enfant, exécute des partitions de Beethoven ou de Mozart. Entré dans les collections du Musée de Dieppe en 1889, ce piano est une pièce d’exception parmi le fonds Saint-Saëns : on imagine encore les mains de Camille Saint-Saëns défiler avec vélocité sur ses touches d’ivoire.

 

Piano demi-queue, société Pleyel. Instrument de musique Paris, 1845. Don Camille Saint-Saens, inv. 913.8.2


Roland Shön

 

Né pendant la dernière Guerre Mondiale, dans le coin gauche du bas de la France, c’est dans sa pointe du haut qu’il goûte maintenant d’être contemporain.

Infortuné, comme beaucoup d’autres, il a dû pour vivre exercer un métier. La psychiatrie, dans un Hôpital de Jour accueillant des enfants autistes, jusqu’en 1999. Et le théâtre à partir de 1978, quand il a créé une compagnie, le Théâtrenciel (une quarantaine de créations présentées dans l’Hexagone et au-delà).

Il aime tout faire dans le théâtre : écrire, fabriquer, jouer, mettre en scène, avec celles et ceux qui partagent sa passion de faire du théâtre par « objets interposés » (marionnettes, ombres, assemblages, rouleaux peints, vidéos) pour réjouir des publics, les inviter à nourrir leur imaginaire. Car il reste convaincu que c’est l’imagination qui peut nous aider à construire d’autres réalités que celle, accablante, du monde actuel.

 

Nous avons l’art pour que la réalité ne nous fasse pas périr. 

Friedrich Nietzsche


Christophe Dal Sasso

 

Compositeur et arrangeur dont le talent s’est révélé en association souvent étroite avec les frères Lionel et Stéphane Belmondo, Christophe Dal Sasso développe une œuvre écrite dans laquelle il conjugue, à la manière de Gil Evans, l’expressivité individuelle des solistes de jazz à des procédés compositionnels en partie empruntés à la tradition savante occidentale.

Originaire du Var où il est né en 1968, il débute la musique à l’âge de huit ans dans l’harmonie locale, avant de commencer l’étude de la trompette à douze ans, un instrument sur lequel il fera carrière jusqu’au début des années 2000. Passé dans les écoles de musique de la Londe-les-Maures et Solliès-Toucas entre les mains d’Yvan Belmondo, père du saxophoniste Lionel Belmondo et de son frère trompettiste Stéphane, qui deviendront des compagnons de musique de longue haleine, il s’initie également au jazz auprès de Tony Petrucciani, le père du pianiste, de 1985 à 1989, et fait partie de diverses formations locales.

Monté à Paris en 1990, il suit les cours de l’arrangeur Ivan Jullien au CIM pendant quatre ans, tout en maintenant une activité professionnelle comme trompettiste, notamment au sein du groupe Mambomania. En 1992, il reçoit le premier prix d’orchestre du Concours de jazz Heineken à La Villette. Quatre ans plus tard, il crée un big band, qu’il codirige un temps avec Lionel Belmondo, qui joue régulièrement dans les clubs parisiens. Une partie du répertoire de cet orchestre est immortalisé en 2002, sur le disque Ouverture, qui révèle sous sa plume les influences assimilées des grands arrangeurs modernes du jazz, de Bob Brookmeyer à Bill Holman en passant par Marty Paich et jusqu’à Tom Harrell dont deux compositions sont à son programme. Au même moment est enregistrée son ambitieuse orchestration de A Love Supreme de John Coltrane, suite dont les quatre mouvements sont transposés à l’échelle d’un big band, qui sera donné en 2001 au festival de Marciac et a vu le jour sur disque en 2014.

Associé à la plupart des projets orchestraux des frères Belmondo, Christophe Dal Sasso est ainsi impliqué dans Hymne au soleil (2002), qui revisite les œuvres de Lili Boulanger et de compositeurs français issus de la tradition de l’orgue liturgique à l’aube du jazz. Il participe également avec eux au répertoire d’Influence, double album avec le saxophoniste Yusef Lateef (2005) et signe, la même année, Exploration, disque conçu autour de la personnalité et des concepts harmoniques développés par le saxophoniste David Liebman qui, par la suite, lui passera commande d’une œuvre créée par l’Ensemble Intercontemporain. Parallèlement, il épaule David El-Malek dans le développement d’une version symphonique de son projet Music from Source pour l’orchestre national de Lyon.

Conciliant une activité de pédagogue avec celle d’orchestrateur sollicité pour diverses productions phonographiques ou scéniques importantes (Milton Nascimento, Fredrika Stahl, Jean-Luc Ponty...), Dal Sasso poursuit une œuvre de compositeur à la tête de formations variables, à l’effectif volontairement moins étoffé qu’un big band traditionnel, constituées de musiciens de premier plan du jazz hexagonal (Pierre de Bethmann, Thomas Savy, David El-Malek...). S’y font entendre son attachement à quelques valeurs fondamentales de la tradition du jazz tout autant que l’écoute attentive qu’il a pu faire des quelques compositeurs majeurs du XXe siècle, d’Igor Stravinsky à Henri Dutilleux, et la maîtrise qu’il a acquise de techniques d’écriture contemporaines comme l’illustrent ses albums Prétextes (2011) et Ressac (2013, avec récitant). Flûtiste depuis 2001, recourant parfois à des instruments artisanaux de sa conception sous l’influence de Lateef, il témoigne dans ses créations qu’une partie de son inspiration reste attachée aux rivages méditerranéens qui l’ont vu naître et sur lesquels il a fondé, en 2009, le « La Londe Jazz Festival ». Christophe Dal Sasso a reçu commande du grand cru classé Château Palmer (Margaux) d’une œuvre célébrant le 200e millésime du domaine en 2015.


Académie Bach

 

 

Philippe Gautrot et Jean-Paul Combet ont créé en 1997 l’Académie Bach, un lieu où pourraient se croiser les artistes et les publics passionnés par la musique ancienne et les formes artistiques qui l’accompagnent.

Au delà de ce clin d’œil au XVIIe siècle, on peut désormais définir l’Académie Bach selon trois axes principaux : 

• un festival d’été, positionné sur la dernière semaine du mois d’août, proposant en quelques jours un vrai bain de musique ancienne. Avec pour centre névralgique la très belle église gothique d’Arques-la-Bataille, il rayonne dans des lieux patrimoniaux parmi les plus remarquables de la région de Dieppe, les églises de Colmesnil-Manneville, Sainte-Marguerite-sur-Mer, Varengeville-sur-Mer, le parc floral du Bois des Moutiers, le château de Bosmelet, l’église Saint-Rémy de Dieppe…

• un découvreur de talents, qui a accompagné les débuts et le développement de nombreux ensembles et artistes aujourd’hui reconnus, en France et dans le monde entier : Le Poème Harmonique, Café Zimmermann, les Musiciens de Saint-Julien, les Basses Réunies, L’Arpeggiata, L’Ensemble Pierre Robert, Hélène Schmitt, Céline Frisch, Benjamin Alard, Benjamin Lazar, Alexandra Rübner, la liste n’est pas limitative…

• une structure en prise avec son environnement, qui valorise la création artistique et l’exigence culturelle dans le renforcement du lien social : accueil d'artistes en résidence, production d'œuvres insolites, sensibilisation des publics (scolaires, pratiquants amateurs, personnes handicapées…) au travers d'ateliers musicaux, master-classes, conférences, expositions, « Opéra de poche », initiation au théâtre baroque, aux danses traditionnelles... La DRAC de Normandie lui a par ailleurs confié l’inventaire des Fonds musicaux anciens conservés en Région, mission qu'elle conduit depuis 2004.

 

Académie : Assemblée de gens de lettres où l’on cultive les sciences et les beaux-arts

Friedrich NietzscheDictionnaire universel, 1690.

 


La compagnie In Fine

 

In Fine est une compagnie pluri-disciplinaire créée en 2015, basée à Rouen, et dont les pierres angulaires sont Sylvain Dubos et Guillaume Varin. Elle se définit comme un passeur d’émotions entre un territoire et un public. Ce territoire peut prendre des formes diverses : un immeuble, une usine, une rue, un quartier, une ville… Parfois même n’être qu’un territoire mental, symbolique ou imaginaire. Ce territoire a son langage, sa musique dont les membres de la compagnie en sont les interprètes, dans le but de créer des liens et des échanges. Le langage artistique et les créations d’In Fine sont directement dictés par les lieux dans lesquels ils jouent. « Jouer », dans tous les sens du terme : c’est une musique du corps et du cœur dans laquelle les artistes sont interprètes, presque dans le sens premier du terme. Au fil des créations, les artistes de la compagnie évoluent, changent, reviennent, amenant avec eux leur parcours, leur bagage artistique pour nourrir les créations de leur vécu et de leurs échanges avec le monde. Ils peuvent être musiciens, acrobates, danseurs, comédiens, plasticiens ou encore vidéastes. La durée de vie de chaque création lui permet de mûrir et d’évoluer au fil des représentations et du parcours des artistes qui y participent. In Fine est portée par l’association Temps de Cuivres, membre du groupement d’employeurs.